Buxtehude, le retour

par Loïc Chahine · publié mercredi 15 mars 2017 · ¶¶¶¶

La Rêveuse et Buxtehude, c’est une vieille histoire : vieille comme un disque épuisé, « le Buxtehude-Reincken » ; en fait, ce n’était pas il y a si longtemps, 2008, mais cela demeure, comme Purcell, l’une des fondations de l’ensemble. L’ensemble français a en effet des affinités électives avec le répertoire nord-germanique, et y revient pour ce nouvel opus, avec quatre sonates manuscrites de Buxtehude (trois pour violon, viole « obligée » et basse continue, une pour viole et basse continue), accompagnées d’une autre de son contemporain Dietrich Becker, et d’une sonate pour viole et basse anonyme.

L’ensemble des pièces est de grande qualité. On se laisse volontiers enchanter par l’intelligibilité de l’écriture, par son raffinement. On ne saurait cacher que l’abondance des pièces en chaconne ou en passacaille est aussi un atout. Avec des moyens finalement assez simples, cette musique s’avère très efficace.

Il faut dire que La Rêveuse met tout son savoir faire au service des huit œuvres réunies ; le cœur de l’équipe — les deux directeurs artistiques Florence Bolton et Benjamin Perrot, le violoniste Stéphan Dudermel — sont rejoints par Emily Audouin (pour la suite anonyme pour viole et basse) et Carsten Lohff, déjà à leurs côtés pour l’enregistrement consacré à Telemann, et l’excellent claviériste Sébastien Wonner. On a bien l’impression, à chaque instant, d’écouter un ensemble, et non la somme d’individualités ; ceci d’abord grâce à un continuo aussi riche et enveloppant que dénué d’orgueil et d’effets superfétatoires ; les continuistes ne s’effacent pas, mais ne tirent pas la couverture à eux ; ils conduisent avec dignité et intelligence un discours qui prend soin de développer ses figures, parce qu’il les maîtrise. Là-dessus, on ne peut que louer l’excellence du jeu de Stéphan Dudermel, souple, ductile et délicat, dont le phrasé ne fait qu’enchanter à tout moment ; et au centre, la viole de Florence Bolton allie équilibre et engagement.

C’est un lieu commun que de citer la phrase de François Couperin : « et j’avouëray de bonne foy que j’ayme beaucoup mieux ce qui me touche, que ce qui me surprend » (Premier Livre, 1713, Préface) ; pourtant, il est peu d’endroits où elle trouverait un meilleur écho : La Rêveuse, en effet, ne surprend pas, ne cherche pas à surprendre, mais touche, par une éloquence et une rhétorique consommées, la rhétorique, non des passions et des affetti à l’italienne, mais du « je ne sais quoi » indescriptible et assez insaisissable, délicat, en perpétuelle efflorescence. Paradoxe de citer Couperin à propos d’un disque Buxtehude ? Mais La Rêveuse oublie-t-elle jamais qu’elle a emprunté son nom à Marin Marais ? La Rêveuse est un ensemble français qui sait (aussi) parler l’allemand — l’allemand des poètes.

INFORMATIONS

Dietrich Buxtehude : Sonates en trio, manuscrits d’Uppsala

Sonates BuxWV 272, 261, 267 et 273.
Dietrich Becker&nbsnp;: Sonate & suite en majeur
Anon. : Sonate pour viole et basse en mineur

1 CD, 69’, Mirare, 2017.

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