Danse, mémoire

par Loïc Chahine · publié samedi 4 février 2017

Si la musique contemporaine s’est fait une place à la Folle Journée de Nantes, ce qu’il y a avant le baroque a eu plus de peine à s’y retrouver. On ne peut que se réjouir, pour cette édition 2017, d’y entendre l’ensemble Doulce Mémoire, l’un des fleurons de la musique Renaissance en France, dans un programme haut en couleur.

La forme, d’abord, a dû étonner les spectateurs habitués aux ensembles baroques ; ici, les musiciens de Doulce Mémoire jouaient tout par cœur, se déplaçaient, changeaient d’instrument (flûtes, doulçaines, bombardes) à tire-larigot… Bref, autre temps, autre style musical, autres mœurs. Il y a, entre les instrumentistes en particulier, une évidente complicité qui, déjà, s’avère réjouissante, entre ce qui ressemble à de l’espièglerie pour la bande de vents, et les regards de Pascale Boquet qui semblent enrober de bienfaisance.

Il va de soi que tout est impeccable. Pas une fausse note, pas une pièce qui ne soit bien défendue… Le programme fait la part belle aux danses, donc à des pièces plutôt enlevées, mais a aussi trouvé un peu de place pour des pièces plus calmes… le temps de reprendre haleine. De la douceur à la virtuosité des flûtes à bec, à la richesse en harmoniques tonitruante des bombardes, les sonorités varient. Les quatre instrumentistes à vent — Elsa Franck, Johanne Maître, Jérémie Papasergio et le chef de l’ensemble, Denis Raisin-Dadre — sont aussi bluffants que le percussionniste Bruno Caillat est inventif, tantôt puissant, tantôt délicat, toujours virtuose. Le tout soutenu par tantôt la guitare, tantôt le luth de Pascal Boquet, stable, immuable, efficace, indispensable. Chez tous, une vraie classe.

Du côté des chanteurs, il faut dire toutefois que le timbre de Véronique Bourin ne nous a pas plu, car il a un côté un peu étriqué. On ne saurait toutefois lui dénier la bonne volonté La salle, par ailleurs, ne permettait pas une compréhension optimale des paroles, ce qui est grand dommage, car à les lire, on s’amuse. Le ténor Hugues Primard s’en sort un peu mieux ; le texte, comme il arrive souvent avec les voix d’homme, car il est alors moins déformé qu’en voix de tête, est plus clairement intelligible.

Bref, c’est un très bon moment que l’on passe avec ces « Chansons et danceries » de l’ensemble Doulce Mémoire, et l’on ressort du concert franchement égayé, presque dansotant soi-même.

INFORMATIONS

Ensemble Doulce Mémoire
“Chansons et danceries”

Concert du vendredi 3 février 2017, 19h30, dans le cadre de la Folle Journée de Nantes.

L’ensemble Doulce Mémoire donnera à nouveau ce programme dimanche 5 février à 17h.

D’AUTRES ARTICLES

Lettre ouverte à Jordi Savall, et ce qui s’ensuit.

Le texte suivant est en fait constitué de trois « posts » par le violiste et violoncelliste Roberto Gini, ancien élève et…

Portrait de Dante en grand opéra. Benjamin Godard : Dante • U. Schirmer, E. Montvidas, V. Gens.

L’amour naît d’un regard, et un regard suffit. Stradella : Lagrime e sospiri • Chantal Santon Jeffery, Galilei Consort.

Mafalde corte con Zucchine e Gamberetti

On dit toujours force mal des réseaux sociaux, mais sans…