L’Exoconférence d’Astier : castigat ridendo mentes

par Maëlle Levacher · publié mercredi 25 novembre 2015

L’Exoconférence est une conférence d’Alexandre Astier sur la vie extraterrestre, ponctuée de petites scènes consacrées chacune à un événement ou à un personnage historique, et interprétées par le conférencier. Dans ce spectacle, comme dans Kaamelott ou Que ma joie demeure, l’Histoire et l’ouverture aux différentes cultures nourrissent la structure du spectacle et son humour. Évidemment, c’est très drôle. On n’a certainement rien fait d’aussi bien sur le sujet depuis La Soupe aux choux.

Mais ça n’est pas que drôle. Plus encore que le spectacle sur Bach Que ma joie demeure, l’Exoconférence a une dimension didactique : on y apprend des choses. Et surtout, dès le début, elle nous donne le vertige, en assénant cette hypothèse : « Nous n’avons peut-être pas d’origine. » Nous n’avons peut-être pas de raison de chercher du sens, donc. L’étourdissement métaphysique se prolonge avec l’expression du désarroi pascalien : « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. » Le contexte comique dans lequel s’expriment ces réflexions troublantes aura peut-être la vertu de familiariser avec le vide les spectateurs qui ne sont pas, comme le remarque Alexandre Astier dans l’interview qui accompagne le spectacle au DVD, « prêts au vide » comme le sont les chercheurs.

En tant que démonstration rationaliste, L’Exoconférence est d’un grand réconfort pour l’enseignant. Ce spectacle et l’interview associée montrent comment l’intelligence rationnelle peut coexister, chez un même individu, avec le goût pour l’irrationnel circonscrit à la seule place qui lui revient, celle de la créativité artistique. Il est bon de voir ainsi un artiste plébiscité montrer (au prix d’un travail préalable d’information considérable) comment on fait la part des choses, tandis que les créationnistes obscurantistes (moqués brièvement dans le spectacle) adressent de nos jours une irrecevable demande de droit de cité aux écoles et aux universités.

Nous devons beaucoup à Alexandre Astier. Avec Kaamelott, il a créé le roi Arthur, dont le titre et le nom seuls erraient dans notre civilisation depuis douze siècles ; il lui a donné une existence morale, en a fait enfin un personnage à proprement parler. Ce n’est pas rien. Ses séries, longs métrages et spectacles remportent un vaste succès populaire, alors même qu’ils sont nourris de fine culture et qu’ils mobilisent une grande variété de talents réunis dans le même homme. Ces deux choses auraient pu nuire à A. Astier : c’est souvent avec condescendance qu’a été traitée la polyvalence de ces autres comédiens-auteurs-cinéastes que furent Guitry et Cocteau. C’est ennuyeux, ces gens qui savent tout faire ; A. Astier est musicien de surcroît, et passe du clavecin à la basse électrique en tapping... Il ne sait plus comment se rendre intéressant ! Pour ma part, je suis très admirative, et j’aime admirer, c’est un grand plaisir, et une consolation. Le peuple qui a soif de créations de qualité est nombreux, et le succès que rencontrent les œuvres dont nous parlons ici doit en imposer aux mass media. Bref, Alexandre Astier est une force qui va contre la médiocrité.

Avant Alexandre Astier, comme artiste polyvalent curieux de vie extraterrestre, il y eut Orson Welles qui, avec génie, adapta au cinéma tant Shakespeare que Kafka. Au début des années 1940, Orson Welles a pour compagne Dolores del Rio, star de Carioca, film mettant en scène pour la première fois le fabuleux duo formé par Fred Astaire (comédien-danseur-musicien) et Ginger Rogers. En 1954, O. Welles incarne Benjamin Franklin dans Si Versailles m’était conté, de Sacha Guitry. Bref, on peut tisser — comme c’est plaisant ! — une relation entre les artistes complets que sont Fred Astaire, Orson Welles, Sacha Guitry et Alexandre Astier.

J’ai retenu la leçon de L’Exoconférence : ce n’est pas sérieux de ne pas lever les yeux. Elle m’inspire une suggestion à l’attention de l’Observatoire de Paris : baptiser Astaire et Astier deux étoiles pas trop éloignées l’une de l’autre pour que je puisse les voir ensemble au télescope.

Références

L’Exoconférence, spectacle conçu et interprété par Alexandre Astier, dans une mise en scène de Jean-Christophe Hembert, est disponible en DVD chez Universal.

D’AUTRES ARTICLES

Lettre ouverte à Jordi Savall, et ce qui s’ensuit.

Le texte suivant est en fait constitué de trois « posts » par le violiste et violoncelliste Roberto Gini, ancien élève et…

Portrait de Dante en grand opéra. Benjamin Godard : Dante • U. Schirmer, E. Montvidas, V. Gens.

L’amour naît d’un regard, et un regard suffit. Stradella : Lagrime e sospiri • Chantal Santon Jeffery, Galilei Consort.

Mafalde corte con Zucchine e Gamberetti

On dit toujours force mal des réseaux sociaux, mais sans…